Examen de santé pour le dossier médical personnel
Par Christine Peressini du journal 01 informatique en date du 14/03/05
Les
salons Medec et Informedica ont ouvert leurs portes mardi 15 mars.
L'occasion pour les professionnels de faire le point sur le dossier
médical personnel (DMP).
Quelles
données seront stockées dans le dossier médical personnel (DMP) ? Le
patient pourra-t-il supprimer certaines d'entre elles ? Qui fera vivre
le dossier de chaque patient ? La gestion du DMP est évaluée à 10 euros
par patient et par an, mais quid des coûts d'assistance téléphonique
pour le médecin ou le patient ? Etc.
Avant
de déterminer le montant des économies potentielles, les professionnels
attendent donc de connaître les spécifications précises du cahier des
charges du dossier médical.
« Nous
sommes imbriqués dans une analyse systémique, où il reste difficile
d'isoler le DMP des mécanismes du type annuaire ou messagerie, qui
conditionnent le nouveau système de santé »,
explique Franck Droin, patron du cabinet de conseil Kadris, spécialiste des
assurances maladie et complémentaires.
Et,
de toute façon, la coordination des soins ne générera pas
immédiatement, et à elle seule, un quelconque retour sur
investissement. Il faudra transformer les méthodes d'évaluation de la
prise en charge des patients, en ville comme à l'hôpital.
Une réforme attendue depuis plusieurs décennies
Préparé
puis lancé par les deux derniers ministres de la Santé, et désormais
inscrit dans la loi du 13 août 2004 sur l'assurance maladie, le DMP
constitue le socle du futur système d'information de santé.
« On passe de l'incitation à l'obligation »
, traduit Yannick Motel, délégué général de la fédération Lesiss, qui regroupe la plupart des professionnels de la santé.
Un
enjeu dont l'urgence se mesure néanmoins au nombre de conférences qui
lui seront consacrées du 15 au 18 mars prochain, dans le cadre des
salons Medec et Informedica, qui se tiendront au Palais des Congrès et
à la Porte Maillot, à Paris.
Concrètement,
à partir de la mi-2007, le DMP devrait favoriser la communication entre
les systèmes d'information des établissements hospitaliers publics et
des cliniques privées avec celui de l'assurance maladie, ceux des
réseaux de santé (organisés autour d'une pathologie) et ceux des
libéraux, à commencer par les médecins de ville.
« Des
catégories professionnelles, tel les cancérologues, ont déjà développé
une culture de partage des informations médicales, et font figure de
pionnières,
précise Dominique Le Halle, journaliste spécialiste
de la santé et animatrice des conférences d'Informedica.
Aujourd'hui, on assiste toutefois à un changement de mentalité. »
Pour sa part, Jean Dionis du Séjour considère cette date de 2007 comme une simple
« échéance de mobilisation »
, le chantier risquant de durer plus longtemps que prévu.
Il
n'empêche, en dépit des retards, la machine est lancée. Ce dont,
d'ailleurs, se félicitent la majorité des professionnels de la santé,
la fédération Lesiss en tête. Ainsi, le ministre a nommé l'équipe de
maîtrise d'ouvrage.
Sous
la forme d'un GIP, elle sera pilotée par Dominique Coudreau, ancien
directeur général de la Cnam et directeur de l'Agence régionale
d'hospitalisation d'Ile-de-France. Ce dernier s'appuiera sur Pierre
Bivas, ancien conseiller technique de Hervé Gaymard et de Jacques
Barrot, et sur Jacques Beer-Gabel, successivement DSI au ministère de
la Santé, chez Rhône-Poulenc et à la Société générale. L'arrêté
concernant la mission DMP devrait bientôt paraître au
Journal officiel.
Déposé chez un hébergeur agréé
Pour
l'instant, la loi indique seulement que le DMP se situera physiquement
chez un hébergeur internet agréé, et qu'il appartiendra au patient. Les
conditions et autorisations d'accès aux données personnelles seront
précisées par décret, après avis de la Cnil. Mais on sait qu'il se
présentera sous la forme d'un entrepôt de données placé dans un
coffre-fort électronique, et qu'il sera alimenté par l'ensemble des
acteurs.
Le
DMP devrait donc aider les organismes de santé à économiser des frais
d'archivage (historique médical, analyses, radios, etc.), mais aussi à
éviter les pertes ou détériorations de données, tout en facilitant la
recherche dans les divers documents.
Les gains ne seront donc pas seulement financiers :
« En garantissant la traçabilité des données, le DMP informatisé évitera au patient les examens redondants,
explique Didier Guidoni, associé chez Ineum
Consulting.
Depuis le PMSI
[programme de médicalisation des systèmes d'information, NDLR],
la plupart des hôpitaux disposent d'une informatique médicale codée, mais pas encore d'un véritable
dossier médical. Ils devront donc investir un peu moins dans les murs et davantage dans les systèmes d'information. »
Ces derniers représentant, selon le consultant, seulement 1,5 et 3 % de leur budget en France, contre 5
à 6 % dans les pays anglo-saxons.
Pas de refonte des systèmes d'information existants
Un
travail coûteux en ressources humaines va donc s'engager dans les
établissements de santé, afin d'organiser le circuit d'information du
DMP. Il faudra, au minimum, coordonner les autorisations d'accès au
dossier et mettre en place les procédures de sécurité, selon Michel
Feugas, directeur adjoint du groupement pour la modernisation du
système d'information hospitalier (GMSIH).
Techniquement,
les pouvoirs publics n'ont pas opté pour la refonte des équipements
existants, envisageant plutôt l'interopérabilité des systèmes
d'information des différents acteurs du DMP, ainsi que l'avait demandée
la fédération Lesiss. L'absence de cahier des charges n'empêche donc
pas les groupes de travail de normalisation de s'activer pour
structurer l'information médicale. Edisanté et la Cnamts travaillent de
concert sur un protocole baptisé XDS, capable de gérer les flux
entrants de documents médicaux dans le DMP.
Quelque 3,5 milliards d'euros. C'est le montant des économies attendues par le ministre de la Santé avec le
projet de coordination des soins
entre
hôpitaux et acteurs privés de la santé. Un chiffre sérieusement
« contestable », selon Jean Dionis du Séjour, député du Lot-et-Garonne
et auteur du rapport NTIC et systèmes de santé, tant la liste des
points à préciser reste impressionnante.
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