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31 octobre 2005

MG France face aux questions de la commission des finances du Sénat

Icon_reseaux_1 Informatisation et DMP : les réponses du syndicat de généralistes MG France aux questions de la commission des finances du Sénat. Le 04 octobre 2005, la Mission de contrôle sur l’informatisation dans le domaine de la santé a interrogé Pierre Costes, président de MG France.

Quel regard MG France porte-t-il sur l’informatisation du système de santé français ?

MGF : Contrairement à d’autres organisations professionnelles qui se sont clairement positionnées contre l’informatisation et la télétransmission des FSE pendant des années, avec boycott organisé, MG France s’est fortement impliquée dans l’informatisation des cabinets de médecins généralistes, en tant qu’outil d’amélioration des pratiques même si les aspects « facturation » (FSE) en ont été le prétexte. Malheureusement les développements des logiciels métiers sont passés au deuxième plan devant la lourdeur et la fréquence des mises à jour obligées du dispositif de facturation, aboutissant à un certain rejet d’un outil pourtant indispensable à la pratique moderne de la médecine.
Pour ce qui est de l’informatisation globale du système de santé, force est de constater, et de regretter, qu’il existe peu de communications entre les différents systèmes et les différents acteurs. Les systèmes hospitaliers eux même sont loin d’être exemplaires sur ce plan.

2. Disposez-vous de données sur l’informatisation des cabinets de médecins généralistes ?

MGF : D’après une enquête Sofres, en 1998, 25% des généralistes étaient informatisés, contre 35% des spécialistes. En 2001, après les mesures conventionnelles signées par MG France, ce taux était passé à 86%.
Mais l’informatisation recouvre des utilisations très diverses : pour ce qui est de la télétransmission des feuilles de soins en 2005, 79% des généralistes l’assurent (contre 53% des spécialistes), parmi lesquelles 10% environ n’ont pas de fichier patient informatisé.

3. Pensez-vous que l’organisation administrative actuelle soit adaptée aux enjeux de l’informatisation du système de santé ?

MGF : Ce qu’on peut surtout constater c’est que les pans « administrés » du système de santé n’ont pas le système informatique le plus performant ou celui qui pourrait servir de modèle...

4. Quel regard portez-vous sur la mise en place du dossier médical personnel (DMP), prévue par la loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie ?
Pensez-vous que le déploiement de ce dossier sera effectif à l’horizon 2007 ? Quelle relation MG France entretient-il avec le GIP-DMP ?

MGF : Le partage d’informations de santé, autour du patient, entre les divers acteurs ne peut qu’être bénéfique. Mais la mise en place à marche forcée de ce qui n’est qu’un outil ne garantit pas que cet outil sera efficace.
Comme nous l’avons dit avec trois autres organisations de PS et deux organisations de patients (communiqué de presse du 07 juillet 2005 ), ce projet est trop « contraint » pour aboutir efficacement, la contrainte de date ne sera tenue qu’en dégradant massivement les caractéristiques souhaitées du produit final.
MG France fait partie du Comité d’Orientation et participe activement à toutes les réunions et groupes de travail. Nous considérons que notre rôle ne peut pas se réduire à la formulation d’avis consultatifs. Nous pensons par ailleurs qu’il est illusoire d’espérer obtenir l’adhésion des PS si ces avis ne sont pas plus écoutés.

5. Quel sera, selon vous, le coût pour les professionnels de santé en général et pour les médecins généralistes en particulier, de la mise en place du DMP ?

MGF : En matière d’informatique médicale, les professionnels ont constaté à leurs frais que chaque modification imposée au système aggravait considérablement le coût de leurs installations sans améliorer les conditions pratiques de leur prise en charge du patient. Le DMP risque de ne pas déroger à cette règle. Les contraintes et risques d’un éventuel changement de fournisseur limitent par ailleurs le « libre choix » du client-PS, celui qui contribuerait à stabiliser les coûts répercutés par les éditeurs.
Mais le coût ne sera pas que financier. Le DMP risque d’augmenter considérablement le temps de travail déjà très important des PS.

6. Quels bénéfices attendez-vous de la mise en place du DMP, notamment en termes de rationalisation de l’offre de soins et d’économies générées ? Les médecins généralistes sont-ils convaincus de l’utilité de ce projet et sont-ils prêts à contribuer à sa mise en œuvre ?

MGF : L’’outil DMP doit être au service d’un système organisé, mais ne remplace pas son organisation. L’accès facilité de tous les intervenants aux données du patient ne réduira pas l’anarchie de l’offre de soins.
La limitation des redondances, souvent citée comme source d’économie potentielle, ne peut qu’être marginale puisque la définition des redondances ne se conçoit qu’à partir des normes, et que celles là n’existent pas dans le secteur « santé ». Même si il est important de les rechercher et de les supprimer, penser que les redondances sont l’élément essentiel du surcoût ou que la fraude est responsable de la dérive des dépenses relève de l’idéologie ou du fantasme.
Les généralistes contribueront à tout dispositif susceptible d’améliorer la prise en charge globale de leurs patients sans aggraver leurs contraintes en terme de temps, de coût ou de rémunération. Ces conditions ne sont pas actuellement remplies pour le futur DMP qui est d’abord conçu comme outil de maîtrise ou de contrôle plutôt qu’outil au service de la qualité d’exercice du professionnel

7. Au cours des auditions auxquelles nous avons procédé, certains interlocuteurs nous ont indiqué douter de la pertinence d’un DMP « national », et se sont prononcés en faveur de DMP développés par région. Quelle est la position de votre syndicat sur ce point ?

MGF : Le problème n’est pas géographique, « national » ou « régional » même si nous avons lutté, notamment au dernier COR, contre la mise en route d’un dispositif régional temporaire qui ne serait pas généralisable nationalement sans perte de données.
Le problème principal est surtout d’obtenir l’adhésion des patients et des professionnels de santé autrement que par la coercition.

8. La définition du contenu du DMP soulève de nombreuses difficultés et laisse perplexes certains interlocuteurs que nous avons rencontrés.
Quelle est votre réflexion sur ce sujet ? Doit-il contenir l’ensemble des données relatives au patient ou simplement une partie ?
Envisagez-vous que ce contenu soit minimal au départ, pour permettre une mise en œuvre rapide du dossier, puis soit progressivement enrichi ?

MGF : Un coffre fort qui contiendrait l’ensemble des données du patient serait un « bazar de données », inutilisable en pratique par les PS.
L’exhaustivité est de toute façon impossible à obtenir du simple droit du patient à interdire la publication de certaines données.
L’enrichissement du DMP ne doit pas passer par l’empilement de documents mais par la valeur ajoutée exceptionnelle qu’apporte une synthèse pertinente des données. Ce serait la tâche légitime du médecin généraliste si on lui reconnaissait cette spécificité et si on lui en donnait les moyens, ce qui n’est pas actuellement le cas.

9. Comment concevez-vous le caractère « personnel » du dossier et les droits des malades sur celui-ci ? 
Certains médecins ne craignent-ils pas que ce dossier ne reflète pas totalement la réalité de la situation du patient ?

MGF : Certains médecins le craignent sans doute mais chacun d’eux sait que la vision d’un patient et de son histoire est obligatoirement limitée à la vue que ce patient veut bien donner. Il n’est pas sûr par contre que certains acteurs non PS du dossier aient assimilé ce principe incontournable.
De toute façon, aucun dispositif de ce type ne peut fonctionner sur la contrainte du patient ou du professionnel.

10. Parallèlement au DMP, la CNAMTS développe un projet de « web médecin ». Comment concevez-vous l’articulation entre ces deux projets ?

MGF : Techniquement, on comprend bien la similitude de certaines contraintes respectives de ces deux dossiers. Conceptuellement, confondre l’un et l’autre ou même laisser deux secondes les acteurs mélanger les objectifs d’un dossier administratif de relevés de prestations avec ceux d’un recueil de données médicales est la meilleure manière d’anéantir le développement d’un DMP devenu dans les esprits, à tort ou à raison, « le DMP de l’Assurance Maladie » voire « l’outil de contrôle des Caisses ».

11. Etes-vous au fait des expériences étrangères d’informatisation du secteur de la santé, notamment du projet britannique « Connecting for health », beaucoup plus ambitieux que le projet français et qui a recherché une réelle adhésion des médecins généralistes, placés au centre du dispositif d’informatisation ?

MGF : Nous suivons évidemment avec attention les divers programmes en cours, que ce soit le NHS Connecting for Health anglais, ou le « Connecting for Health » où sont associés le gouvernement des Etats-Unis et le privé depuis 2002, sans oublier les expériences espagnoles de Séville autour du médicament.
Le projet français est à l’évidence le plus ambitieux puisqu’il prétend faire au moins aussi bien que les programmes américains et anglais en trois fois moins de temps et avec infiniment moins d’argent ...

Interviview pris sur le site de Fullmedico avec mes remerciements

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  • Rédacteur Agoravox