De big docteur à Big Brother
Science-fiction ? Sans doute. Mais qui pourrait écarter à 100 %
un tel scénario, tant les données personnelles de santé font
l'objet d'une convoitise croissante de la part des assureurs, des
banques, des employeurs ?
Par Christian SAOUT, Pierre SUESSER, Alain WEBER
Libération : vendredi 29 décembre 2006
Christian Saout président
d'Aides Pierre Suesser
du collectif
Délis-droits et libertés face à l'informatisation de la société
et Alain Weber
de la Ligue des droits de l'homme.
En 2026, Melle Marianne Defrance, qui cherche un emploi, lit son
courriel :
«A la candidate 2 06 12 75 005 008. Nous sommes au regret de
vous informer que votre candidature ne peut être retenue.
Conformément à la loi du 6 janvier 2018 relative à la constitution
du profil individuel automatisé d'employabilité, notre DRH a
contacté l'agence régionale d'employabilité pour communication de
votre profil prédictif de santé. Au vu de ce profil (Dossier
médical personnel n° 2 06 12 75 005 008 indiquant la délétion
partielle de la région w98dfy43 du chromosome 17 qui vous
prédispose à une vulnérabilité accrue à l'infection par le virus de
l'hépatite F12), votre score de santé prédictif a fait chuter votre
coefficient final d'employabilité à 0,55, en deçà du minimum requis
par notre conseil d'administration (0,85).
NB : la loi du 6 janvier 2018 confie à la Cneif (Commission
nationale d'éthique pour l'interconnexion des fichiers) le soin
de déterminer les conditions de rapprochement des données
personnelles à l'embauche avec les données personnelles de
santé .
La Cneif a, dans son avis du 30 décembre 2018, établi les
conditions sécurisées de rapprochement de ces données
respectives au moyen de l'identifiant universel des données
personnelles (ex-numéro de Sécurité sociale étendu en 2006
comme «identifiant santé» par la Cnil, autorité à laquelle la
Cneif a succédé en 2016).»
C'est pourquoi l'initiative récente du gouvernement, qui demande
à la Cnil (Commission nationale informatique et libertés)
d'autoriser l'usage du numéro de Sécurité sociale (NIR) pour se
connecter à l'ensemble des dossiers médicaux informatiques d'une
même personne, et prochainement au dossier médical personnel (DMP),
doit retenir toute notre attention.
Depuis trente ans la Cnil, instituée pour protéger les citoyens
d'un rapprochement généralisé des fichiers portant sur les
différents aspects de notre vie, a justement cantonné l'usage de ce
NIR à la gestion des cotisations et des droits sociaux par les
employeurs et la Sécurité sociale. Elle a régulièrement refusé aux
impôts, à l'Education nationale, aux services de police, de
constituer leurs propres fichiers à l'aide du NIR. Pour quelle
raison ? Parce ce que ce numéro est le passe-partout idéal pour
croiser les fichiers portant sur une même personne. La
généralisation de l'usage du NIR signerait la démission de l'Etat
face aux tentations de procéder à des interconnexions tous azimuts.
Le refus de le disséminer dans les différents fichiers représente
l'engagement politique et démocratique le plus puissant pour
protéger la sphère privée des personnes, en respectant le principe
cardinal de «finalité» de la loi informatique et libertés : à
chaque fichier son objectif, et pour des finalités différentes, des
fichiers distincts.
On perçoit dès lors l'enjeu lié aux données de santé et au DMP.
Associer le NIR à des informations sur les maladies psychiatriques,
l'infection par le VIH, le cancer, des antécédents d'IVG, c'est
toucher à l'intimité des personnes, à qui ces données sensibles
doivent appartenir. Cette banalisation du NIR irait de facto avec
une dévalorisation du secret des informations médicales. Bernard
Tricot, qui dirigeait en 1975 la toute nouvelle commission
informatique et libertés, indiquait que
«le traitement de ces données [de santé] doit être effectué en
utilisant des identifiants distincts du numéro national [NIR]. Non,
comme on l'a dit, que cette précaution constitue un obstacle
technique infranchissable, mais parce que la présence d'un
identifiant spécial contribuera à rappeler à ceux qui participent à
ces traitements qu'il y a des informations particulièrement
secrètes qui ne peuvent être livrées qu'à un nombre restreint
d'utilisateurs qualifiés».
Refuser d'associer le NIR aux données de santé, c'est maintenir
la digue démocratique. Si étroitement lié à l'intimité de la vie
privée, le DMP n'aura d'utilité sociale que s'il recueille la
confiance pleine et entière des patients, laquelle serait
grandement ébranlée si le NIR devait servir de clé d'accès au
DMP.
On comprend d'autant moins l'initiative du gouvernement pour
utiliser le numéro de Sécurité sociale pour les dossiers
personnels, qu'il existe des alternatives fiables pour identifier
sans risque d'erreur les dossiers personnels de santé. Un
identifiant santé, propre à chaque personne, peut être généré à
partir du NIR par un procédé de chiffrement. On peut ainsi obtenir
un numéro d'identité santé anonyme. De tels numéros sont déjà
utilisés par l'Institut de veille sanitaire pour les maladies à
déclaration obligatoire, notamment pour les personnes séropositives
au VIH/sida ; les hôpitaux ont recours au même procédé pour la
réalisation du PMSI (programme médicalisé des systèmes
d'information). Tout cela est bien connu des pouvoirs publics, du
GIP-DMP, de la Cnil.
La Cnil, mise en demeure par le gouvernement de choisir le
numéro de Sécu comme clé d'accès au dossier médical personnalisé,
peut au contraire décider de «sanctuariser» celui-ci en rejetant
son usage comme identifiant santé. C'est la demande que plusieurs
milliers de citoyens lui ont adressé en paraphant l'appel
«Pas touche à mon numéro de Sécu».
Pour préserver la confiance du corps social, pour que Big
Docteur ne se confonde pas avec Big Brother, il convient de placer
sur le même plan d'exigence l'utilité sociale du DMP et la
préservation de la sphère privée des personnes.
jai entendu parler de la carte vital 2 ou notre dossier medical si trouverai nous somme actuellement 1 milliers de personne a refuser cette carte si elle nous etes imposer certains medecins et specialistes comme les patients la refuserai malgres tous et ce deconventionnerais de la securite social
Rédigé par: Andre Arnould | le 10 avril 2007 à 15:36